Soigner l’image des architectes en collaboration avec nos alliés

- par Alexis Delinselle, architecte. L'architecture un investissement d'avenir

Le recours obligatoire aux architectes pour les demandes de permis de construire au-delà de 150/170m² me semble contre productif pour le développement de l’architecture en général, ainsi que l’attractivité des architectes. Toute obligation est perçue par le grand public comme un acte arbitraire, une entrave à la liberté d’expression (ou créativité dans le cas de l’architecture) du simple citoyen particulier ou personne morale. De fait le recours obligatoire à l’architecte contribue à l’image de monopole profiteur, style percepteur d’impôt, de la profession. Qui plus est, dans le contexte économique difficile actuel, le débat sur 150m² ou 170m² donne l’image d’une profession aux abois qui demande l’aumône.

Les quelques particuliers qui ont des maisons au-delà des 150/170 m² valent-ils le coup de cette mauvaise image. Ces amateurs de grandes et belles maisons ne feraient-ils pas appel à l’architecte même sans obligation ? Celle-ci ne facilite-t-elle pas le travail de dénigrement à notre égard par nos concurrents ?

Personnellement, les banquiers et assureurs dommage-ouvrage m’envoient plus de clients que ce seuil de 150/170m². Ceux-ci ont pour objectif de sécuriser les opérations de construction de leurs clients (avec toutes les ramifications financières induites) et contribuent à forger l’image de professionnels compétents des architectes.

Sur cette réalité, je serais plutôt partisan de supprimer complètement l’obligation d’architecte sur les permis de construire quels que soient les m² ; et de travailler notre image en coordination avec les banquiers et assureurs. Et de privilégier la fiabilité de bâtiments conçus par des experts plutôt que l’image de doux rêveurs d’un monde parfait (réputés gentils mais peu fiables).

Si d’un côté il est à notre avantage de cultiver de bonnes relations avec nos alliés, de l’autre il est tout aussi judicieux de ne pas rester passifs face à nos détracteurs (et d’oser leurs montrer qu’on a plus d’un tour dans notre sac).

Par exemple, je trouve curieux de faire vérifier x fois le travail des architectes lors de la demande de permis de construire. De leur côté, les thermiciens délivrent eux-même leurs attestations de conformité thermique une fois leur travail de fond exécuté. Idem pour les bureaux de contrôle, sps, bureaux d’étude, abf, avec sécurité, structures, pmr, etc… Pourquoi cette exception sur le travail de conception architecturale par des architectes ?

Expérience de terrain à l’appui, faite de bizarreries, demandes en tout genre et confidences officieuses, nombres d’instructeurs ne cachent pas être hostiles aux architectes et ne jamais faire le moindre cadeau, « car c’est des professionnels », tandis qu’ils restent conciliants avec le particulier qui fait son dossier lui-même sans aucune conformité. Le mode de recrutement des instructeurs est un autre débat, mais je pense qu’il y a un problème quand on en vient à avouer à ses clients qu’ils auront moins de problèmes pour obtenir leur PC s’ils gribouillent un truc incompréhensible au crayon de bois sur une feuille volante plutôt que de passer par un architecte.

Les banques et assurances nous estiment suffisamment compétents pour gérer les chantiers de travaux, tandis que les collectivités, via les service d’instruction PC auxquelles elles sous-traitent, nous estiment incompétents pour appliquer tout seuls le règlement d’urbanisme, ce qui n’est pourtant pas le plus difficile dans notre travail.

On pourrait proposer que les architectes délivrent des attestations de conformité au PLU de la commune pour les projets qu’ils dessinent (l’archi s’occuperait lui-même de consulter les divers intervenants : raccordement réseaux, pompiers, ABF, etc). Attestation de conformité archi valant équivalence avec l’accord délivré par le service d’instruction ADS aux mairies. Mairies qui continueront de délivrer les permis de construire officiels. Seuls les particuliers qui ne veulent pas faire intervenir d’architecte, et par ex les constructeurs MI continueront de passer par un service d’instruction classique.

Par ailleurs, ceci peut-être une bonne opportunité pour les collectivités dans le contexte actuel où ces services d’instruction sont fortement restructurés et dont la compétence pourrait à terme être renvoyée aux communes, communautés de communes ou d’agglomérations en secteur rural (c’est la rumeur qui court dans le secteur où j’exerce) et dont toutes ne se sentent pas compétentes sur la chose et sont plutôt anxieuses de l’avenir. En principe, on ne devrait donc pas créer de chômeurs en investissant ce marché.

Dans les zones peu peuplées, on pourrait même imaginer que des mairies sous-traitent à un architecte local l’instruction des dossiers classiques. Dans ce cas de figure, il faudrait probablement règlementer les tarifs des prestations « attestation de conformité par l’archi » et « instruction des PC des autres », afin de prévenir des abus, concurrences déloyales, conflits d’intérêt, abus sur tarifs dans les situations de monopole (en zone rurale avec peu d’archi). etc…

Le plus commercial pour l’intervention des architectes avec cette éventuelle « attestation de conformité au PLU » délivrée par l’architecte, c’est qu’il ne nous faudra pas 6 mois pour vérifier la conformité et consulter les divers services extérieurs.

Alexis Delinselle, architecte (59)

5 commentaires au sujet de « Soigner l’image des architectes en collaboration avec nos alliés »

  1. PARIS

    Architecte - Métropole - 95160
    Tout a fait d’accord pour dire que l’excès de règle et de contraintes est contre productif.
    De plus je ne suis pas sure que le marché de la maison individuelle de moins de 150 m2 soit véritablement un enjeu important pour les architectes.
    De qui dépend la qualité architecturale du logement aujourd’hui: beaucoup plus de la collectivité, la qualité de son PLU ( quand elle existe…), du niveau des instructeurs que des maîtres d’oeuvre.
    Faire rentrer les architectes dans les procédures d’instruction, me semble une bonne idée. Il est largement temps d’élever un peu le débat sur la question de la qualité architecturale, qui n’est plus aujourd’hui qu’une question de hauteur, de recul au mm, de nombre de plantations, d’isolation…

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  2. jean pierre van wambeke

    Architecte - Métropole - 93170
    Tout à fait avec toi sur cette inutile reglementation de la surface minimum. En ce qui concerne la garantie de la qualité architecturale, ce n’est pas l’imposition d’une obligation arbitraire qui fera la difference. En outre ce que tu dis sur l’instruction des PC est tout à fait pertinent. Je pense qu’il faut arriver à ce que la délivrance du permis soit plus le résultat d’un dialogue que de l’application stricte et non différencié d’un PLU. Soit qu’il faille supprimer les instructeurs, soit qu’ils soient formés différemments, soit que ce soit l’architecte lui-même comme tu le proposes qui vérifie « la conformité » après avoir consulté les différents services municipaux. On est encore loin d’avoir trouver les réponses, mais ce sont les bonnes questions.

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  3. villatte

    Architecte - Métropole - 63000
    Un très bon article! Je suis tout a fait d’accord avec vous sur la question du seuil, c’est très mal perçu au niveau du grand public. Je pense qu’il faut plutot obliger l’architecte en fonction du programme: logements collectifs, construction publiques… Pour ma part, je travaille avec un promoteur immobilier qui de plus est est CMIste, il trouve en moi l’intéret de pouvoir gérer un projet de logements groupés, avec la certitude d’avoir un projet conforme et qui passe toujours mieux au niveau des élus locaux. L’apport de l’architecte est vraiment perçu comme une plus value qualitative. Les élus ne sont pas dupes et reconnaissent bien que certains CMIste n’ont pas une production de qualité. De plus, je gère toute l’opération, se qui lui dégage les responsabilité et les tracas.
    Pour le permis de construire, j’irais même plus loin: pas de permis de construire! Juste une information à déposer auprès des mairies à partir du moment où le projet est fait par un architecte. Après tout, les règles sont faites pour êtres respectées non? En fin de chantier ou au démarrage, l’architecte ferais une simple attestation reprenant les articles qu’il respecte en fonction de son projet.
    A méditer, le chemin sera long pour faire évoluer les mentalités.

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  4. Jean-François ESPAGNO

    Architecte - Métropole - 31100
    Fixer un seuil est en soi une aberration. Je comprends qu’il a été inventé pour protéger les cmistes et autres « maîtres d’oeuvre » de tout poil (dont la survie en tant que créateur d’architecture m’est indifférente : ils n’ont qu’à faire autre chose, artisans ou bureau d’études, par exemple), mais le problème est simple :
    – ou la création architecturale (donc faite par un architecte, pas par quiconque) est d’intérêt public, et toute demande d’urbanisme doit être établie par un architecte, sans seuil;
    – ou elle ne l’est pas et il n’y a pas d’intervention d’architecte à exiger, tout le monde peut faire n’importe quoi.
    J’estime que, dans le principe, la création architecturale est d’intérêt public et donc que le seuil doit être supprimé (architecte dès le 1° m²). Mais cela suppose un formidable travaille d’évolution des architectes français pour sortir le nez des marchés publics et des clients professionnels, pour savoir répondre à la demande spécifique des particuliers (les non-professionnels de la construction).
    N’oublions pas que les 2/3 de tout ce qui se construit, nous échappe… Je pense que c’est là le problème le plus important pour les architectes français (ceux des autres pays s’en sortent beaucoup mieux).

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  5. Gainche

    Architecte - Village - 71390
    Mais OUI ! bon sang mais c’est bien sût !
    Parfaitement d’accord, tout cela n’est qu’une mascarade, nous « faisons la manche » depuis trop longtemps.
    Il faut annuler ce seuil qui fait rire tout le monde…. et en échange, demander les contreparties pertinentes.

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